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R. Feldman Gonzalez - Mes conversations avec Jiddu Krishnamurti - (extrait 2)



Ruben Feldman Gonzalez est un médecin argentin qui a oeuvré pour la promotion de l’Esperanto dans les années soixante, et depuis sa rencontre avec Jiddu Krishnamurti et David Bohm, parcourt le continent américain pour dialoguer autour de la « méditation » de Krishnamurti, qu’il a renommé « perception unitaire ».

Cet extrait est un échange où l’auteur aborde l’acte de soigner, et l’essence de l’enseignement de Krishnamurti. Pour poursuivre la lecture, vous pouvez télécharger la version française complète.

Veuillez noter que le texte ci-dessous n’est pas tiré d’un enregistrement provenant des archives de la Fondation Krishnamurti. Le Krishnamurti Foundation Trust n’est pas en mesure de reconnaître cette transcription comme authentique et les mots attribués à Krishnamurti dans ce texte sont reconstruits à partir de souvenirs personnels.

25 mars 1975, Hôtel Huntington, San Francisco, Californie.

Krishnamurti : « Bonjour Dr Gonzalez. »

Ruben : « Bonjour. »

Krishnamurti : « Je devine que vous avez quelques questions, n’est-ce pas ? »

Ruben : « Vous m’avez dit il y a deux jours que vous ne mourrez jamais dans un avion, qu’est-ce qui vous fait vous sentir protégé ? »

Krishnamurti : « Cela ».

Ruben : « OK, s’il vous plaît, parlez-moi de « Cela ». »

Krishnamurti : « Vous pouvez voir « Cela » en action, mais vous ne pouvez pas en parler. »

(LONGUE PAUSE) (dans un complet silence)

Ruben : « Vous savez déjà que quelques-uns de mes amis ont disparu en Argentine. Parfois je ressens une profonde douleur pour l’Argentine et pour le reste du monde. Comment autant d’horreur peut survenir ? »

Krishnamurti : « Vous pouvez être libre de tout conditionnement et donc devenir libéré de la douleur.
Si vous n’êtes plus un Argentin, vous deviendrez capable de faire plus pour l’humanité et même pour l’Argentine. Je suis né en Inde. J’ai eu un passeport anglais. Quand l’Inde a déclaré son indépendance de l’Angleterre, j’ai demandé un passeport indien.
Depuis j’ai de graves problèmes pour obtenir un visa quand je voyage, mais je ne suis ni Anglais ni Indien. Je suis un être humain. »

Ruben : « Vous êtes un être humain très spécial. C’est facile de vous aimer. »

Krishnamurti : « J’admets que je suis différent, mais la transformation qui a eu lieu en moi peut advenir chez n’importe quel autre humain. Et personne n’a besoin de Krishnamurti ou du Dr Ruben pour que cette transformation radicale, qui est si nécessaire, advienne. »

Ruben : « Peut-être que non, mais un dialogue sérieux aide. »

Krishnamurti : « Pas avec un gourou. Un dialogue sans gourous. »

Ruben : « Pourrions-nous dire que vous êtes devenu mon gourou sans que nous le voulions et que je suis devenu le vôtre sans que ce soit mon intention ? »

Krishnamurti : « Donc c’est un dialogue sérieux.
Vous et moi nous regardons ensemble la même chose au même moment. La chose la plus répugnante est de se prosterner vous-même devant un autre être humain et l’adorer. »

LONGUE PAUSE (Dans un silence vibrant)

Ruben : « Quelqu’un m’a dit que parfois vous réduisiez même la pure douleur physique... De quoi s’agit-il ? »

Krishnamurti : « Je l’appelle « le processus » mais je ne le comprend pas et ne souhaite pas le comprendre. Je laisse toutes les explications à propos du « processus », des soins et de la voyance aux docteurs comme vous. » (rire)

Ruben : « J’aurais aimé que vous me disiez comment guérir. Je veux dire guérir dans son sens le plus immaculé et complet. »

Krishnamurti : « Encore le docteur qui parle (longue pause). J’ai préparé du thé pour vous l’autre jour. Vous l’avez trouvé amer et l’avez laissé. J’ai dû vous demander de le finir. Vous avez encore des préférences, Dr Gonzalez. »

Ruben : « Ainsi, pour guérir (avec une majuscule) il faut n’avoir aucune préférence. »

Krishnamurti : « Non, non. Il est nécessaire de ne pas avoir de préférences. Si vous êtes content de quelque chose, c’est que vous n’êtes pas content. »

LONGUE PAUSE

Ruben : « Voudriez-vous récapituler l’enseignement en seulement une phrase ? »

Krishnamurti : « Essayer sans effort de vivre avec la mort dans un silence sans futur. »

Ruben : « Cela résonne de manière absurde. »

Krishnamurti : « Il y a quelques temps, en 1972, j’ai passé un matin complet avec « Cela » sans quitter mon lit.
J’étais complètement calme, avant de pratiquer mon Hatha Yoga (seulement un yoga physique, juste pour rester souple) ... C’était comme une flamme au centre de l’immensité.
Et le centre de l’immensité était mon cerveau. Comprenez-vous ? »

Ruben : « Oui. »

LONGUE PAUSE

Krishnamurti : « Alors, qu’attendez-vous ? »

Ruben : « Quoi ? Seriez-vous par hasard en train de dire que « Cela » est prêt pour moi, maintenant ? »

Krishnamurti : « C’est exact. Mais vous êtes trop triste. Quel gâchis ! Alors, qu’attendez-vous ? »

Ruben : « Je veux comprendre la phrase : « Mourir dans un silence sans futur ».
Je pense qu’il serait mieux de dire « essayer sans effort de vivre dans la paix d’un silence sans futur ». »

Krishnamurti : « Non. La mort est la fin de tout ce que vous avez peur de perdre : vos attachements, votre mémoire, vos amis disparus, votre prestige en tant que chirurgien pédiatrique. Tout ça est le contenu de votre conscience. Pouvez-vous vous en débarrasser maintenant, alors que vous êtes jeune et en bonne santé et pas attendre cinquante ans pour qu’elle s’émiette par elle-même ? C’est facile pour moi de mourir. »

Ruben : « Saint Paul a dit : « Je meurs chaque jour ». »

Krishnamurti : « Paul a dit « Je meurs chaque jour » et Dr Gonzalez répète ce que Paul a dit, et rien ne se passe. »

Ruben : « Vous êtes encore plus chirurgien que je ne le suis. »

Krishnamurti : « Dr Gonzalez, votre cerveau a été tel qu’il est depuis le dernier million d’années. Pour combien de temps sera-t-il ainsi ? Voulez-vous aller vous coucher ce soir avec ce cerveau comme il a toujours été ? Habitudes, douleur, colère, etc. ? »

Ruben : « Je ne serais pas ici si je voulais aller me coucher avec ce cerveau tel qu’il est. Néanmoins, je sais que je ne devrais pas accepter aveuglément ce que vous dites. J’ai à l’expérimenter.
Pourriez-vous faciliter l’expérience de ce qui pourrait transformer mon cerveau et ma vie ? »

Krishnamurti : « Si j’étais assez stupide pour le faciliter, alors tout ce que je dis deviendrait une théorie ou une technique, comme tant d’autres. Vous avez à le faire par vous-même, Dr Gonzalez.

Grimpez au sommet et regardez, ou préférez-vous aller vous coucher et me demander de vous le décrire pour vous ? Seriez-vous satisfait avec ma description ? Alors vous n’auriez pas de consistance, vous seriez un être humain de seconde main. »

PAUSE

Ruben : « Comment la médiocrité prend fin ? »

Krishnamurti : « En vous débarrassant des contenus de la conscience humaine, allez-vous vous débarrasser de tous les mots ? »

Ruben : « Sans dire : « Krishnamurti me l’a dit ». »

Krishnamurti : « Ou sans que celui qui écoute soit un « respectable docteur ».
Vous écoutez simplement et totalement dans un pur silence. »

Ruben : « Néanmoins, même sans mots, je serais capable de parler clairement du silence profond. »

Krishnamurti : « Pour la première fois, tout à fait monsieur. Le mot « Dieu » n’est pas Dieu. »

Ruben : « Est-ce qu’il pourra m’aider à arrêter les relations sexuelles avec ma femme ? » (*)

Krishnamurti : « Dr Gonzalez, si vous aimez, vous aimez votre femme, alors faites ce que vous voulez et il y a de la beauté dans ce que vous faites. Ne vous préoccupez pas du sexe, faites-le ou pas.
Maintenant, faisons silence pendant un moment car M. et Mme Lillifelt seront là bientôt. Nous aurons à parler, car vous le savez bien Dr Gonzalez, je ne vivrai pas éternellement. Peut-être encore dix ans et le bonhomme sera parti. »

(*) La relation avec ma femme se termina trois ans plus tard quand elle quitta notre maison, dont je me débarrassais immédiatement. Depuis lors je vis dans le désert sans me préoccuper de l’avenir.

La rencontre suivit le dialogue, mais j’ai déjà écrit à ce propos.

Krishnamurti mourut à peu près dix ans plus tard.

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Mes conversations avec Krishnamurti
Ruben Feldman Gonzalez. Version française

Source : « Mes conversations avec Krishnamurti », de Ruben Feldman Gonzalez (traduction ACK du titre original « MIS DIÁLOGOS CON Jiddu KRISHNAMURTI ») - www.percepcionunitaria.org/fr/intro... - Tous droits réservés à l’ACK pour la version française.





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